Il y a des absences qui nous façonnent
Ces derniers temps, je passe beaucoup plus de temps que d'habitude à observer les gens autour de moi. Sur la plage, je regarde les parents courir avec leurs enfants, jouer dans le sable, rire ensemble. Je regarde ces petits moments qui paraissent ordinaires mais qui, finalement, racontent beaucoup de choses. Il y a aussi ce papa de mon quartier. Ancien joueur de basket, comme mon père. Depuis que son fils est né avec une maladie et des besoins particuliers, je ne l'ai jamais vu loin de lui. Jamais. Son fils parle peu, voit le monde différemment, et pourtant son père est toujours là. Présent. Patient. Aimant. Je l'ai toujours admiré.
Et puis, comme souvent, mon cerveau commence à partir dans tous les sens. Je me demande ce que je serais devenue si j'avais eu un père présent. Si j'avais eu un père sans maladie. Si je n'avais jamais connu mon père. Ou si j'avais eu un beau-père extraordinaire, capable de combler ce vide et de me faire oublier ce qui m'a manqué.
Je sais que ce sont des questions auxquelles personne ne répondra jamais. Elles ne servent probablement à rien. Pourtant, j'aime me les poser. J'aime imaginer les différentes versions de moi qui auraient pu exister. Est-ce que j'aurais été plus insouciante ? Moins mature ? Plus confiante ? Ou peut-être complètement pourrie gâtée, qui sait ?
Au fond, je ne changerais pas ma vie. Aujourd'hui, je la comprends mieux. Je comprends mieux certaines blessures, certaines réactions, certains mécanismes. Et surtout, je me culpabilise beaucoup moins pour des choses qui n'étaient pas de mon ressort.
Mais parfois, quand je vois ces familles qui semblent si simples, si heureuses, ces parents qui donnent l'impression que tout est facile, une drôle de nostalgie s'installe. Pas une tristesse. Plutôt la nostalgie de quelque chose que je n'ai jamais vraiment eu. Et dans cette nostalgie, il y a toujours la même personne qui revient. Mon papy.
Parce que finalement, le rôle de père, c'est lui qui l'a tenu. À sa façon. Il n'était pas du genre à parler pendant des heures. Il ne jouait pas forcément beaucoup. Il n'était pas démonstratif comme certains le sont aujourd'hui. Mais il était là. Toujours là. Silencieux, solide, rassurant. Et je crois qu'il m'a transmis quelque chose de précieux : le confort du silence.
Avec lui, il n'y avait pas besoin de remplir chaque vide avec des mots. On pouvait simplement être là, ensemble. C'est peut-être pour ça qu'aujourd'hui les silences ne me dérangent pas. Je les trouve même parfois réconfortants.
Quand j'y pense, j'ai des conversations entières avec moi-même sur tous ces sujets. Des réflexions qui partent dans tous les sens, qui n'ont parfois ni début ni fin. Vu de l'extérieur, ça doit sembler un peu fou.
Mais je crois que c'est simplement ma façon de comprendre mon histoire. Parce qu'on passe une partie de sa vie à se demander ce qui nous a manqué. Et une autre à réaliser que l'amour a parfois pris un chemin différent pour arriver jusqu'à nous.
Moi, cet amour, il est venu par ma maman et sa famille. Et finalement, c'était déjà immense.
Fix You- Coldplay
Commentaires
Enregistrer un commentaire