24/04/2014

 Papy,

Douze ans ont passé, et pourtant le temps n’a jamais vraiment fait son travail. Ton absence a la même couleur qu’au premier jour. J’ai encore cette impression étrange que tu étais là hier, que tu vas revenir t’asseoir, reprendre ta place, comme si rien n’avait changé.

Ta chaise est restée vide, mais ta présence, elle, ne nous a jamais quittés. Devant les infos, il m’arrive encore de sourire en imaginant tes réactions, ta façon de râler contre ce monde qui ne tournait jamais comme tu l’aurais voulu.

Les roses sont devenues mes fleurs préférées. Leur parfum me ramène à toi, sans prévenir. Comme certains souvenirs qui s’invitent doucement, mais ne repartent jamais vraiment. Et il n’y a plus eu de couscous, plus de harira, qui aient eu ce goût-là… le tien.

Tu me manques dans les choses simples. Marcher à tes côtés, lentement, dans les rues de Malaga. Notre première sortie juste tous les deux, au zoo de Paris. Aujourd’hui encore, je te retrouve dans chaque coin du 11e. À travers la fenêtre de Parmentier, je vous imagine, mamie et toi, en train de vivre, de râler, de cuisiner, comme avant.

J’ai grandi, papy. J’ai fait des études, j’ai travaillé en même temps. Je suis devenue cette femme capable que tu voulais voir. Ton histoire, maintenant, elle est connue. On parle de toi, de vous. Tu es même passé dans Paris Match… je t’imagine le tenir entre tes mains, le feuilleter avec fierté, le garder précieusement.

Maman est une femme incroyable. Grâce à mon travail, je peux doucement lui rendre ce qu’elle m’a donné. Je voyage, je découvre le monde, et à chaque pas, je sais que tu serais fier d’elle, fier de nous.

Je vis dans les airs, moi qui porte un métier qui t’aurait sûrement inquiété. Les avions n’étaient pas ton monde. Mais mamie, elle, aurait adoré… elle qui aimait tant les uniformes. Je continue aussi pour elle, pour vous.

Tu as laissé une trace immense. Dans nos vies, dans nos gestes, dans ce que nous sommes devenus. Tu as été un grand-père, un père, un repère. Et il y a ce manque, constant, silencieux, qui ne s’efface pas.

J’aimerais tellement pouvoir te revoir. Juste un instant. Te parler, te regarder, te dire encore et encore combien je t’aime, combien tu me manques.

Cette année, j’irai en Algérie. Pour remonter le fil, pour comprendre d’où l’on vient, pour marcher dans tes pas, dans tes rues. Comme une façon de me rapprocher un peu de toi.

Tu es partout, finalement. Dans mes souvenirs, dans mes choix, dans mon cœur.

Et tu le resteras toujours.




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