Noël entre deux mondes
J’ai toujours adoré Noël. Surtout quand j’étais petite, dans la maison de campagne, chez mamie et papie, à côté de la cheminée. Mamie faisait des crêpes, sa mousse au chocolat attendait sagement dans le frigo, et moi, à côté de maman, j’ouvrais les cadeaux avec cette impatience pure qui n’existe que quand on est enfant. J’aimerais tellement revenir à cette époque-là. Juste pour ressentir encore une fois cette magie intacte.
Mais les années passent, et la famille n’est plus aussi unie. Certaines chaises sont restées vides. Alors, depuis quelques années, maman et moi avons pris une habitude : partir, fêter Noël ailleurs. Changer de décor pour supporter l’absence. Décembre arrive toujours comme un rappel. Et tu réalises doucement que tu n’as plus 13 ans. Tu cherches à te souvenir de ce que ça faisait, croire sans réfléchir, attendre Noël comme on attend un miracle. Tu te demandes où est passée toute la magie, où sont allés les rêves que tu croyais éternels.Parfois, tu te demandes si quelqu’un, quelque part, prend encore soin des rêves qu’on n’a pas su garder.
Noël a changé. Il n’y a plus vraiment de lumière dans la cheminée, juste une ouverture par laquelle s’engouffre le froid des obligations. Le sapin est toujours là, mais il te regarde différemment, comme s’il savait qu’il ne te fait plus rêver comme avant. Tu voudrais croire encore à la magie, mais les jours s’empilent comme des factures, et l’enfant que tu étais s’endort un peu plus chaque fois que tu dis : « j’ai pas le temps ».
Et pourtant, j’aime toujours Noël. Même si je me sens parfois seule. Même si je rêve d’un Noël en famille, une famille “conventionnelle”, avec une grande table, des discussions qui s’éternisent, des rires trop forts. Je rêve d’avoir plein d’enfants, de passer des Noëls à mille dans une maison trop petite, de fous rires, de disputes inutiles, de repas partagés. Je me le promets : quand je serai plus adulte et que j’aurai ma propre famille, tout le monde sera le bienvenu. Personne ne restera seul à Noël. Parce que je sais ce que c’est d’être seule à deux. Je sais ce que ça fait de regarder les réseaux sociaux, de voir les grandes familles, les photos parfaites, et de se demander en silence : et moi alors ?
Pour l’instant, je continue d’avancer. Je voyage. Je remplis ma vie d’histoires, de souvenirs, d’aventures à raconter plus tard, autour d’une grande table que je construirai moi-même. J’accumule des moments, pas pour fuir, mais pour préparer quelque chose de beau. Et je marche dans ce mois de décembre avec une nostalgie douce, celle qui ne fait plus mal mais qui rappelle d’où je viens. Je sais que tout n’est pas perdu, que certaines magies ne disparaissent pas vraiment , elles changent simplement de forme. Alors je garde cette idée quelque part en moi : qu’il reste encore une étoile. Une étoile discrète, patiente, qui n’éblouit pas, mais qui éclaire juste assez pour avancer. Une étoile qui croit encore aux retrouvailles, aux grandes tables, aux Noëls bruyants et imparfaits. Et cette fois, j’y crois aussi.
Pomme- Ceux qui rêvent
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