Brésil

Le Brésil m’a changée.

Il m’a retournée, ouverte, éblouie.
Dès que j’ai posé un pied à Rio de Janeiro, quelque chose en moi s’est allumé : un sourire que je n’arrivais plus à contenir, un frisson qui courait dans tout mon corps. J’avais l’impression de redevenir cette petite fille qui rêvait, dans sa chambre, de voir un jour le Cristo Redentor de ses propres yeux.

Le premier soir, je n’ai pourtant rien vu. J’étais vidée, épuisée, comme absorbée par la chaleur et le voyage. Mais au fond, Rio attendait patiemment. Et le lendemain, il s’est offert à moi avec une délicatesse presque divine.

Je me souviens du vent chaud sur ma peau quand je suis montée en mototaxi. De cette sensation de liberté totale, brute, presque sauvage. Et puis… lui.
Le Cristo.
Majestueux, immobile, immense, pourtant si doux.
À mesure que nous avancions, je l’apercevais entre les arbres, entre les maisons, comme un géant silencieux qui veillait sur la ville. Et sans que je puisse me retenir, mes yeux se sont remplis de larmes. L’émotion m’a submergée. C’était comme si tous mes rêves d’enfant me revenaient d’un coup, tous ensemble.

Les mototaxis de Rio, c’était tout un univers. Je montais derrière eux, le vent dans les cheveux, et dès les premières minutes ils se mettaient à me parler comme si on se connaissait depuis toujours. Ils riaient, me lançaient des compliments innocents  « você é muito bonita »  avec cette gentillesse spontanée typique des cariocas. Parfois, l’un d’eux me disait qu’il avait de la chance d’avoir une passagère si charmante, et il me racontait un peu sa vie, ses rêves, ses coins préférés de la ville. Ce qui m’a le plus touchée, c’est qu’ils ne me laissaient jamais descendre sans s’assurer que je rentrais bien dans l’hôtel, qu’il y avait quelqu’un à la réception, que j’étais en sécurité. Ils attendaient toujours quelques secondes, moteur encore allumé, un signe de tête, un sourire. Une attention simple, mais qui disait beaucoup : à Rio, même un trajet de mototaxi devient un geste de soin.

J’avais imaginé mille fois ce moment : écouter de la bossa nova, ou une samba un peu mélancolique, sur la plage d’Ipanema. Les pieds nus dans le sable encore chaud, une noix de coco fraîche dans les mains. Et cette fois-ci, ce n’était plus un rêve. C’était ma réalité.

Voyager seule, c’est une drôle de liberté. Ça rend tout plus grand, plus intense, plus vrai.
Toute la semaine, j’ai murmuré des chansons brésiliennes que j’écoutais quand j’étais enfant. Et toujours cette chanson des Tribalistas, qui revenait sans cesse, comme un refrain de mon passé. Je revoyais mon père au volant, moi qui chantais fort, faux parfois, mais heureuse. À Rio, ces souvenirs se sont réchauffés au soleil.

J’ai vu une ville magnifique, colorée, mouvante, une peinture vivante.
J’ai goûté au meilleur du Brésil : le pão de queijo qui fond dans la bouche, l’açaí glacé qui colore les lèvres, les caipirinhas sucrées qui tournent un peu la tête, le mate gelado acheté à la va-vite sur la plage, le parfum irrésistible des churrasquerias. Même la tapioca du matin avait le goût d’une découverte.

J’ai foulé la plus grande favela du monde, celle que j’avais étudiée en géographie à l’école.
Mais les livres n’expliquent pas la vraie beauté d’un lieu.
Ce jour-là, grâce à Carlos, notre guide, notre ami, notre passeur de lumière; j’ai rencontré des gens, des sourires, des histoires. J’ai entendu la voix profonde des habitants, leur courage, leur humour, leur fierté. Ils m’ont expliqué la capoeira, m’ont parlé de leur art, et j’ai dansé, maladroitement mais sincèrement, avec les danseurs.
J’ai même dansé avec un petit garçon du quartier, un rire comme un feu d’artifice.

Un lundi soir, j’ai découvert Pedra do Sal. La samba vibrait dans l’air comme un cœur qui bat trop fort. Les gens dansaient ensemble, comme un seul corps, un seul souffle, une seule joie. Tout Rio semblait pulser au même rythme. Je me suis laissée emporter, sans réfléchir, juste présente.

Et puis il y a eu ce moment suspendu :
le soleil couchant sur Ipanema.
Un ciel rose-orangé, la mer argentée, les silhouettes qui applaudissent sans raison si ce n’est que la beauté mérite des applaudissements.
Je n’avais pas de mots.
Je me suis laissée traverser.

J’ai bu des caipirinhas préparées par Carlos sur la plage de l’Arpoador, sans doute les meilleures du monde, parce qu’elles avaient le goût du partage. J’ai parlé longtemps avec Lénin, un Vénézuélien qui vendait des bracelets. On a parlé du monde comme s’il était un secret qu’on essayait de comprendre ensemble. Il m’a raconté sa vie, son pays, ses espoirs, sa culture. C’était simple, humain, vrai.

Partout, j’ai croisé des vendeurs de biscoito Globo, des tambours de bloco, des sourires de cariocas, ces sourires qui te disent “beleza?” comme s’ils te connaissaient depuis toujours.
J’ai senti l’odeur de l’océan mélangée à celle des fruits trop mûrs, entendu la ville rire, chanter, vivre à pleine voix.

Rio est une vibration.
Une chaleur.
Une musique.
Une émotion qui t’attrape et qui s’ancre en toi.

Je n’ai pas tout fait, pas tout vu, pas tout exploré.
Mais je sais une chose :
je dois revenir.
Parce qu’une partie de moi est restée là-bas, entre un coucher de soleil, un accord de guitare, un rire d’enfant et la silhouette du Cristo qui m’a accueillie comme si je rentrais chez moi.

Conselho- Samba De Raíz



Commentaires

Articles les plus consultés