Ni d’ici, ni d’ailleurs
Il y a une phrase que j’entends depuis toujours, comme un refrain qui me suit partout :« La plus parisienne des Andalouses et la plus andalouse des Parisiennes. »Une phrase que mes amis me lancent souvent avec un sourire, mais qui, pour moi, soulève une vraie question. Parce qu’à force d’être un peu de partout, on finit parfois par ne plus savoir d’où l’on vient vraiment.
Je me demande souvent : où est-ce que je me sens chez moi ?
Les mélanges sont magnifiques, ils façonnent des êtres riches, ouverts, curieux. Mais ils peuvent aussi semer un certain vertige — celui de ne jamais appartenir tout à fait à un seul endroit, ni à une seule culture.
J’ai grandi à Málaga, bercée par la lumière du Sud, par le bruit des vagues et les conversations qui s’étirent jusqu’à la nuit. Ici, tout respire la chaleur humaine, la lenteur heureuse, les repas partagés, les rires autour d’un verre. Mon côté espagnol est profondément ancré en moi : mes années de lycée, la passion du flamenco, le goût du soleil sur la peau, la mer comme horizon familier.
Mais il y a aussi Paris, cette autre moitié de mon cœur. J’y ai vécu des moments précieux, la famille du côté de ma mère, mes grands-parents, le 11ᵉ arrondissement et son tumulte. Paris, c’est le bruit des rues, les cafés bondés, les livres dans les vitrines, les musées, la pluie fine qui fait briller les pavés.
Et surtout, Paris, c’est la vie à cent à l’heure, cette énergie unique qui me traverse à chaque fois que j’y pose les pieds.
Et la nourriture... mon Dieu, la nourriture ! Rien ne remplace un bon fromage, un croissant du matin ou un dîner improvisé dans un bistrot de quartier.
Entre Málaga et Paris, je navigue sans cesse. Deux villes, deux façons de respirer. L’une m’apprend la douceur, l’autre me pousse à avancer. L’une me calme, l’autre m’électrise. Et je ne saurais choisir entre les deux.
Et puis, il y a une troisième part de moi, plus silencieuse, plus lointaine : l’Algérie.
Ce côté que je connais encore mal, mais que je sens battre au fond de mon sang.
J’ai envie d’aller là-bas, de retrouver cette famille que je n’ai vue qu’à travers les récits de mes proches, de goûter un couscous aussi parfait que celui de mon grand-père, d’écouter les histoires de ses terres, de marcher dans les rues où il a grandi. J’ai besoin de comprendre cette racine-là, celle que je n’ai pas encore explorée, mais qui m’appelle doucement.
Aujourd’hui, je vis à Barcelone. C’est une belle ville, vibrante, cosmopolite, inspirante. Mais malgré tout, ce n’est pas « chez moi ».
Je m’y sens comme une invitée prolongée : bien accueillie, mais jamais vraiment enracinée. Et souvent, quand la nuit tombe, une nostalgie un peu amère vient me serrer le cœur. Une nostalgie de Paris, de mes racines, de mes repères.
Mon rêve, je crois, serait de trouver un équilibre entre Málaga et Paris. Un lieu à mi-chemin, symbolique ou réel, où je pourrais poser mes valises un instant, respirer sans me sentir étrangère.
Un endroit où je pourrais me sentir complète, rassemblée — sans cette nostalgie constante qui me suit comme une ombre.
Peut-être que c’est ça, au fond, être de plusieurs mondes :
porter en soi des fragments d’ailleurs, aimer plusieurs ciels, parler plusieurs langues, et apprendre à tisser son propre territoire intérieur.
Un jour, peut-être, je trouverai cet endroit.
Ou peut-être que je comprendrai que mon « chez moi » n’est pas un lieu précis, mais une façon d’être — un mélange d’accents, de souvenirs, de saveurs et d’émotions.
Et qu’au fond, être la plus parisienne des Andalouses et la plus andalouse des Parisiennes, c’est déjà une très belle identité.
Ailleurs- Josman
Commentaires
Enregistrer un commentaire